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L’ENTREPRISE LUBRIZOL manipule des milliers de substances chimiques différentes. Elle s’en sert pour confectionner des huiles de moteurs essence et diesel, des lubrifiants pour engrenages, des fluides de transmissions automatiques et des lubrifiants industriels.

Conservées dans l’entrepôt A5 du site Lubrizol à Rouen, 5253 tonnes sont parties en fumée dans l’incendie de septembre 2019. Cet entrepôt contenait 2500 substances différentes classées dans 479 fiches de sécurité précisant les caractéristiques des produits et les risques associés. Parmi ces substances, des centaines de tonnes de produits dérivés du pétrole classés H304, « qui peuvent être mortels en cas de pénétration dans les voies respiratoires ». L’entrepôt renfermait des substances cancérigènes, d’autres susceptibles de perturber la fertilité ou le fonctionnement des organes, des perturbateurs endocriniens, etc (INRS, 2015 ; Préfecture de Seine Maritime, 2019 [a], [b] et [c] ; Rozières, 2019).

Au moins deux questions relatives à l’incendie mériteraient une réponse :

  • Quel niveau de pollution prolongée des sols, des végétaux, voire des nappes phréatiques et de l’habitat, continuera d’affecter la région rouennaise ?
  • Quelles en seront les conséquences sanitaires et environnementales probables ?

Une multitude de particules toxiques, certaines microscopiques, pourraient “se balader” en surface, s’infiltrer dans les sols et dans les plantes, ou s’incruster durablement dans l’habitat pendant des mois, des années, voire des décennies.

Etant donné le nombre de substances concernées et leur dangerosité variable, les analyses des suies pourraient s’avérer truffées de lacunes et d’inexactitudes majeures en termes d’évaluation des risques sanitaires et environnementaux. Quel sera le niveau de toxicité pour telle ou telle quantité inhalée, touchée ou ingérée ? Et quel niveau d’intoxication avec un seul contact significatif post-accident, deux contacts par semaine, deux par mois sur un an, etc. ?

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En réalité cependant, l’accident de Lubrizol est un pur épiphénomène, le symptôme d’une pathologie grave, contagieuse, entretenue, ultra-violente à long terme.

Le fléau des industries dangereuses, inégalement réparti dans l’espace, se distingue des rejets industriels « classiques », dans l’air, dans l’eau et dans les sols. Ces derniers, légalisés et généralement payés à très bas prix par les pollueurs, constituent une calamité entretenue par les législateurs français et communautaires européens. Les impacts locaux de ces rejets tolérés sont plus ou moins graves et étendus. Ils pourraient être considérablement réduits si la population refusait la surconsommation (Barbier, 2017 [a] ; Ministère de la transition écologique et solidaire, 2019).

Les rejets survenus à la suite d’accidents dans les industries dangereuses (nucléaire, chimie, raffineries, etc.) sont différents des rejets tolérés. En partie seulement. Ils relèvent du même illogisme économique et du même non-sens écologique. Il existe une différence principale entre ces deux types de rejets. Les rejets tolérés sont assez réguliers. Leur pollution est “gérée”, intégrée à l’environnement, “digérée”. Les accidents, eux, constituent un désastre immédiat (rejets extrêmes sur un laps de temps très court). En prime, ils incarnent une malédiction à long terme (catastrophes répétées possibles, aux effets souvent prolongés).

Les déboires environnementaux et sanitaires des Rouennais à la suite de l’incendie de Lubrizol sont le résultat d’une alliance regroupant l’Etat français, les industries dangereuses, les travailleurs impliqués conscients des dangers, des élus locaux et des investisseurs. Cette coalition fait tout pour conserver les industries dangereuses et lucratives. Leur union engendre une forme de terrorisme environnemental latent. Celui-ci est alimenté quotidiennement par les habitudes de consommation populaires.

Les terroristes environnementaux mettent sciemment en danger la santé des gens et surtout celle des plus fragiles. Ils jouent, volontairement, avec la qualité de l’environnement.

Les priorités des terroristes environnementaux découlent de leur comportement pathologique à l’égard des êtres humains et de l’environnement : 

  • Priorité 1 (pas d’ordre hiérarchique dans les priorités) : Protéger les industries dangereuses et lucratives, ainsi que leurs emplois.
  • Priorité 2 : Maintenir les privilèges économiques disproportionnés des classes supérieures polluantes impliquées : direction et actionnaires majoritaires, cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, élus et banquiers. Si nécessaire, les priorités 1 et 2 seront protégées par la force armée, atout-maître des terroristes environnementaux.
  • Priorité 3, liée à une pathologie civilisationnelle : Perpétuer un niveau de confort matériel maximal, en grande partie fondé sur une myriade de produits toxiques aux effets délétères.

Avec cette priorité 3, il ne s’agit donc pas d’assurer un bon niveau de confort pour tous, équitable, aux limites cohérentes sur les plans écologique et socio-économique. Non, cette priorité s’insère dans un système politico-économique qui encourage les débauches consuméristes ininterrompues, sources de revenus colossaux et d’emplois. Que ces revenus et que ces emplois s’avèrent funestes à long terme reste un sujet largement négligé, presque tabou dans certaines sphères.

Les débauches consuméristes se traduisent notamment par une hyper-mobilité individuelle via la voiture, le TGV ou l’avion, à volonté si le porte-monnaie suit. Ce stade avancé de décadence se manifeste plus généralement par une surconsommation d’énergie et de biens matériels superflus, là encore quasi illimitée si on en a les moyens. A titre d’indice de surconsommation, selon une étude de 2019 du CREDOC, l’empreinte écologique des 40 % des Français les plus riches est disproportionnellement supérieure à celle des 60 % restants (Crédoc, 2019).

En 2017, sur ce blog, j’avais écrit ces quelques lignes afin de bien cerner les caractéristiques de nos terroristes environnementaux. Les citoyens obéissants qui approuvent l’une des trois priorités susmentionnées collaborent avec les terroristes environnementaux. Sinistres et spirituellement sinistrés, ces citoyens, acteurs d’une violence discrète et banalisée, finissent par s’auto-terroriser (Barbier, 2017 [b]).

Dans cette mouvance, les citoyens les plus violents sont les plus accrocs à un haut niveau de surconsommation. Ils sont faciles à identifier : ils geignent régulièrement à propos d’une “menace” anti-consommation. Ils la perçoivent comme une contrainte “liberticide”. De quelle liberté chérie parlent-ils vraiment ? Celle de pourrir la vie des générations futures pour assouvir des désirs consuméristes futiles dont ils sont les prisonniers consentants. Des désirs qui, aussi, les infantilisent.

Au contraire, il s’agit de les sortir d’un comportement addictif, malsain pour tous à long terme. Ces citoyens-là sont aussi les plus prompts à se planquer derrière la force armée pour entretenir leurs excès. Ça tombe bien, les forces de l’ordre sont aussi là pour les protéger. Ces décadents-là, irresponsables, préfèrent ne pas trop songer aux générations futures qui paieront le prix fort de leurs excès. Ou bien ils ne s’en soucient guère.

Parmi nos décadents contemporains, nombre de privilégiés économiques se disent que leur progéniture “sortira du lot” et “trouvera bien un moyen de s’en sortir”. Autrement dit, “mieux que la masse”. Effectivement, pourquoi s’inquiéter si l’Etat légitime la protection armée de privilèges privatisés ? Cette protection est la garante d’une haine sociale cancérigène pour la société, elle-même un rouage essentiel des démocraties occidentales hyper hiérarchisées socialement. Les instigateurs de cette haine sont les privilégiés ou les aspirants aux privilèges qui estiment valoir plus que les autres en fonction du métier exercé : à qualité et quantité de travail équivalents, un ingénieur ou un prof de fac “vaudrait plus”, en termes de revenus, qu’un agent d’entretien ou un chauffeur de bus. Est-ce vraiment un hasard si haine sociale et terrorisme environnemental font si bon ménage ? La capacité des privilégiés économiques à se protéger des pollutions (par la consommation, le déménagement, le confort matériel en général, etc.) est bien supérieure à celles des autres.

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Centrale nucléaire de Chinon : entraînement du Peloton spécialisé de protection de la gendarmerie (PSPG), “premier échelon de réponse de la chaîne du contre-terrorisme nucléaire de l’Etat”. Psychotique notoire, l’Etat français protège en même temps le terrorisme environnemental afin de perpétuer l’orgie nationale d’électricité d’origine nucléaire. Ce terrorisme d’Etat se fait aux dépens des générations futures et des populations souvent tiers-mondistes ou pauvres vivant dans les environs pollués des sites d’extraction d’uranium (Niger, etc.).

Le président Jacques Chirac (1995-2007), décédé fin septembre 2019, était à la fois un terroriste environnemental et un privilégié renommé. Il vient de recevoir les honneurs de la nation. En 1995 et 1996, il a ordonné des essais nucléaires dévastateurs au large de la Polynésie. Il tenait au rang de grande puissance nucléaire de son pays. Mission accomplie. Il a choisi de terroriser une vieille colonie française peuplée majoritairement d’autochtones, une habituée des essais. Il a fini ses jours dans un état sénile prolongé (INA, 2015).

Note

Si, en matière de qualité de l’eau, vous voulez en savoir plus sur notre arsenal national de pollution massive, consultez la 2ème partie (Lot de redevances soldées) d’Arsenal français de pollution massive I. Cette enquête est riche en références juridiques, dans la mesure où l’Etat assume pleinement son statut de terroriste environnemental (Barbier, 2017 [a]).

Sources

Barbier, 2017 [a]. Le Nord, la France et l’Union Européenne en eaux troubles. ventdouxprod. 10/10/2019.

Barbier N., 2017 [b]. Ma définition du terrorisme environnemental. ventdouxprod. 10/10/2019.

CREDOC, 2019. Consommation durable : l’engagement façade des classes supérieures. 10/10/2019.

INA, 2015. 1995 : reprise des essais nucléaires français. 10/10/2019.

INRS, 2015. Liste des mentions de danger. 10/10/2019

Ministère de la transition écologique et solidaire, 2019. Géorisques – IREP – Recherche par établissement. 10/10/2019.

Préfecture de Seine Maritime, 2019 [a]. Liste des produits présents dans l’entrepôt LUBRIZOL de ROUEN au moment de l’incendie du 26/9/19. 10/10/2019.

Préfecture de Seine Maritime, 2019 [b]. Les dix produits présents dans l’entrepôt A5, en plus grande quantité, selon les données de l’exploitant. 10/10/2019.

Préfecture de Seine Maritime, 2019 [c]. Mise à jour : Incendie au sein de l’entreprise Lubrizol. 10/10/2019.

Rozières G., 2019. On a montré la liste des produits de Lubrizol à un toxicologue, voici ceux à surveiller. Huffpost. 10/10/2019.

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