Hautes-Alpes 1 – Autos, ovins et gros proprios (5/2018)


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Autos, ovins et gros proprios : tiercé gagnant haut-alpin (avant gueule de bois)

 

1. Conduite accompagnée vers le réchauffement climatique

Dans les Hautes-Alpes comme ailleurs, on peut toujours mettre l’accent sur les réussites environnementales et sociales : la protection adéquate de certaines espèces de faune et de flore sauvages ; l’accueil de migrants au sein de groupes organisés ou de familles ; les efforts de petits paysans et de “consomme-acteurs” pour pérenniser une agriculture biologique locale ; la collecte et le traitement du compost à l’échelle municipale, etc. Mais il s’agit souvent de phénomènes minoritaires. Jamais ils ne s’inscrivent dans un mode de vie vraiment équilibré aux niveaux environnemental et social. Nous n’avons pas à imposer ce mode de vie à d’autres, mais nous avons besoin de le concrétiser sans les obstacles d’opposants haineux. L’immense iniquité sociale ancrée dans les systèmes économique et juridique en place et la gestion malavisée prédominante de l’environnement nous barrent la route. Pour libérer les personnes qui le souhaitent de ces fardeaux, encore faut-il les identifier et les expliquer le plus clairement possible. Cela nous aidera à minimiser la coopération avec l’ordre malsain établi et à enraciner des solutions dans nos vies, en accord avec nos besoins en tant qu’êtres humains et avec ceux de l’environnement. Ce sont les deux objectifs de cette série d’articles sur les Hautes-Alpes.

       2. Etés ovins

       3. Et tout en haut la bassesse des gros proprios

       4. Migrants sauvages malvenus

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Hautes-Alpes - 1ère partie (5/2018)

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MÉDITONS UN PEU SUR CERTAINES CONTRADICTIONS DE LA “NATURE HUMAINE” assez largement répandues dans le département des Hautes-Alpes. Bon nombre de locaux se plaignent du réchauffement climatique. Trop souvent, celui-ci vient contrarier leur saison de ski. Ou bien il surchauffe leurs parois d’escalade préférées. Ou alors il leur donne des insolations sur leurs sentiers fétiches à plus de 2000 mètres d’altitude.

Automobilistes au long cours un brin nombrilistes, beaucoup de montagnards alimentent le réchauffement planétaire tout en abhorrant aussi la pollution atmosphérique urbaine. Près des sommets au moins, on peut songer aux villes irrespirables avec une certaine hauteur de vue. Je m’intéresse aux Haut-Alpins en bonne forme physique qui préfèrent leur voiture au transport collectif. L’une de leurs priorités d’automobilistes consiste à profiter au maximum de leurs sites de loisirs en plein air. Partout et à la moindre occasion.

Quel que soit le niveau des températures hivernales, nos automobilistes chevronnés peuvent foncer vers les stations de sports d’hiver à peu près n’importe quand. A l’image de Serre Chevalier (photos 1), ces stations garantissent le ski alpin grâce à la neige de culture. La plupart du temps, leurs gérants ne s’embarrassent pas de considérations sociales. En témoigne la journée d’alpin à 49,90 euros à Serre Chevalier ou 39,50 euros à Vars. Côté écologie, c’est plutôt à doses homéopathiques. Pour couvrir leurs pistes d’or blanc, ces stations puisent dans des réserves hydriques qui, elles, n’ont rien de garanties à long terme. A titre d’exemple, à Avoriaz (Alpes du nord), l’enneigement artificiel consomme deux fois et demi plus d’eau que l’approvisionnement hivernal de tous ses résidents en eau potable. La solution haut-alpine aux déboires climatiques des stations de ski alpin, approuvée par les autorités locales et nationales, est simple : artificialisation + surexploitation des ressources en eau + surchauffe climatique déculpabilisée, tarif classe supérieure en prime (Binctin, 2017 ; Magnier, 2016 ; Noël, 2017 ; Serre Chevalier, 2014 et 2017 ; Stelvio, 2014 ; TPBM, 2017 ; Vars la Forêt Blanche, 2017).

Photos 1

Déchaussons les skis pour revenir sur le bitume. Les personnes handicapées, blessées, malades, âgées ou les femmes enceintes ont communément besoin d’une voiture. Celles exerçant un métier dépendant de l’automobile ou résidant dans des villages mal desservis aussi. D’autres ne font pas face à ce genre d’obstacles physiques ou géographiques. Ils pètent la forme mais, la voiture, ils ne “peuvent pas s’en passer” non plus. Les personnes en forme ayant trop tendance à culpabiliser devraient éviter de lire la suite. Qui dit objet toxique idolâtré dit sujet local sensible.

Soit dit en passant, je place dans cette catégorie les “vertueuses” voitures hybrides et électriques. En effet, pour fabriquer leurs batteries high-tech dans les décennies à venir, il faudra extraire une quantité croissante de cobalt et de lithium (environ 20 kilos de lithium pour une voiture électrique classique). Leur extraction est particulièrement nuisible aux ressources en eau. Il faut jusqu’à 1,9 millions de litres d’eau pour extraire une tonne de lithium, souvent dans des régions où la ressource hydrique n’est pas abondante (Argentine, Australie, Chili, Chine, etc.). Les eaux usées issues des mines de cobalt du Congo, le plus gros producteur mondial, contaminent les sols et les masses d’eau locales. Si elle n’est pas fortement restreinte dans un futur proche, l’extraction du cobalt et du lithium affectera une myriade d’écosystèmes de plus en plus vastes et nombreux (Frankel, 2016 ; Frankel et Whoriskey, 2016 ; Gonzalez et de Haan, 2016 ; Julienne, 2017).

Pour aller bosser, les accrocs locaux aux véhicules individuels à essence, hybrides ou électriques évitent aussi les transports en commun. Globalement, dans les zones d’emplois haut-alpines les plus significatives, les transports en commun jouent une partie de leur rôle. La vallée de la Durance, axe d’emploi régional dominant, est correctement desservie par le bus et par le train (photo 2). Nous sommes dans une région où l’économie est en grande partie dépendante du tourisme. Par conséquent, les zones touristiques pourvoyeuses d’emplois ont un impact économique majeur. Durant les hautes saisons estivale et hivernale, ces zones bénéficient également d’une desserte décente, quoique perfectible, par le bus. Au cours de l’été 2017, j’ai travaillé comme saisonnier dans le Queyras, à l’est du département. J’utilisais presque quotidiennement les navettes Guillestre-Queyras (25 à 40 km). En général, j’étais le seul saisonnier, ou l’un des très rares, à les emprunter. En revanche, en dehors de l’été et de l’hiver, les liaisons entre villages, stations et villes principales sont totalement inadaptées aux journées classiques de travail. Côté loisirs, j’utilise régulièrement les navettes pour aller randonner l’été et faire du ski de fond l’hiver. Leur taux de remplissage est d’ordinaire faible, sans parler des abonnés presque inexistants. La plupart du temps, les touristes constituent la clientèle principale. Nos Hauts-Alpins en bonne santé et amoureux de leur caisse préfèrent rester le cul scotché au siège conducteur (CCI PACA, 2015 ; Hautes-Alpes.net, 2018).

Photo 2

ventdouxprod 2018 nicolas barbier autos ovins gros proprios tierce gagant haut-alpin avant gueule de bois réchauffement climatique train TER valence briançonPour nos car lovers hauts-alpins, le fun et le confort relèguent le réchauffement climatique dans un recoin poussiéreux de leurs cerveaux. Ce recoin a beau leur rappeler qu’ils réduisent les chances de développement du transport collectif, ces réchauffeurs du climat éludent le sujet comme un macroniste (sans flic armé) fuirait un zadiste. Le fléau des car lovers, combiné au déficit d’investissement et de sensibilité environnementale des autorités régionales et nationales, excluent la création d’un réseau de bus électriques connectant villes et villages alpins. Ces bus électriques, aujourd’hui efficaces sur des distances relativement longues, pourraient être alimentés par de petites centrales solaires comme la future centrale eLLO dans les Pyrénées orientales. Un tel réseau deviendrait vite rentable si tous décidaient de réduire au minimum l’usage de la voiture (Boudet, 2017 ; Breezcar, 2017).

Il y a deux autres choses que nos accrocs aux bagnoles tentent d’oublier : la guerre et la pollution à l’étranger. Il est probable que ces deux calamités seraient considérablement atténuées si tout le monde faisait de son mieux pour se passer de voiture le plus souvent possible. Nos car lovers achètent à prix d’or un carburant couramment d’origine saoudienne (19% des importations françaises de pétrole). Ce faisant, ils participent indirectement à la fortune d’un régime milliardaire et autoritaire, auteur d’une campagne quasi génocidaire au Yémen. Quand le pétrole provient du Nigéria (12% de nos importations en pétrole), ils contribuent à la pollution du Delta du Niger dans un pays où 110 millions de personnes sont pauvres. La liste des problèmes liés aux véhicules individuels motorisés ne s’arrête pas là. Ce ne sont que deux exemples. Mais trêve de sujets qui fâchent. Pour se requinquer, pourquoi ne pas songer, au volant (photo 3), à la prochaine fondue bien alcoolisée, l’occasion d’évoquer les éternelles contradictions de la “nature humaine” ? Après tout, la gueule de bois viendra le plus tard possible (Amnesty international, 2015 ; BBC, 2017 ; Connaissance des énergies, 2017 ; Vaz, 2017).

Photo 3

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Sources

Amnesty international, 2017. Clean it up. 30/4/2018.

BBC, 2017. Pauvreté au Nigéria : Oxfam indexe les milliardaires. 30/4/2018.

Binctin B., 2017Boire de l’eau ou skier, faudra-t-il bientôt choisir ? basta! 26/4/2018.

Boudet A., 2017. 1 772 km en une charge : un bus électrique établit un nouveau record d’autonomie. Numerama. 30/4/2018.

Breezcar, 2017 Autonomie record de 400 km pour un bus électrique de BYD. 30/4/2018.

CCI PACA, 2015. Hautes-Alpes : le poids économique des stations de ski. 28/4/2018.

Connaissance des énergies, 2017. D’où vient le pétrole brut importé en France? 30/4/2018.

Frankel T., 2016. The cobalt pipeline. The Washington Post. 27/4/2018.

Frankel T. et Whoriskey P., 2016. Tossed aside in the white gold rush. The Washington Post. 27/4/2018.

Gonzalez A. et de Haan E., 2016. Community rights widely abused by cobalt mining in Democratic Republic of Congo. Somo. 27/4/2018.

Hautes-Alpes.net, 2018. Tourisme. 28/4/2018.

Julienne D., 2017Will the world suffer a lithium crisis? Paris Innovation Review. 27/4/2018.

Magnier E., 2016. Les impacts hydrologiques de la production de neige dans un domaine de moyenne montagne. VertigO. 26/4/2018.

Noël M., 2017. Pénurie d’eau : essai concluant pour le pompage d’urgence. Le Dauphiné. 26/4/2018.

Serre Chevalier, 2017. Tous les tarifs. 30/4/2017.

Serre Chevalier, 2014. La neige de culture : l’assurance vie du domaine skiable de Serre Chevalier. 26/4/2018.

Stelvio M., 2014La logique folle des casseurs de la montagne : pour sauver les glaciers, accélérons le processus qui les détruit. Reporterre. 26/4/2018.

TPBM, 2017. Les stations investissent massivement dans la neige de culture. 26/4/2018.

Vars la Forêt Blanche, 2017. Vars skipass. 26/4/2018.

Vaz R., 2017. Yemen: a western-sponsored genocide. Investig’action. 30/4/2018.

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